Selon une enquête menée par l’INSEE en 1999, les femmes abattent toujours 2/3 des tâches domestiques; ce score est le même depuis 20 ans ...
Tout d’abord, j’aimerais préciser le cadre de notre entretien. J’appartiens à l’équipe de CRAZININA, une poignée d’hommes et de femmes ayant un double objectif :
Mettre en avant des artistes, des créateurs, les créatrices de nouveaux concepts, Faire découvrir les personnalités de ce pays, le tout sous un angle plus accessible et plus ludique, c'est-à-dire via Internet. Photos : David Pierre Severin
« Je suis une femme simple. Je fais mon marché le Samedi, j’aime faire la fête, je suis une femme ordinaire, tout simplement... »
F. L. : Bonjour Mme ARNAULD, ce prénom masculin « George » que vous portez du reste très bien vous a - t’il pesé à un moment de votre vie ?
George ARNAULD : Oui, ce prénom m’a pesé durant toute mon enfance. D’ailleurs, dans mon cercle familial et amical, on m’appelait « Jojo » au lieu de « George ». A l’école, on m’appelait essentiellement par mon nom de famille. Ce n’est qu’en partant faire mes études en France, à l’age de 18 ans que j’ai pu accepter et assumer ce prénom. En fait, en France, on m’appelait George sans qu’il n’y ait aucune remarque, aucune connotation péjorative, c’était juste un prénom comme un autre. Il a donc fallu que j’aille ailleurs pour m’en défaire… Depuis cette période, j’assume totalement mon prénom.
F. L. : Une vaste étude sur la parité publiée par l’INSEE, le 21 février dernier, montre que les secteurs d’activités restent toujours « très sexués », autrement dit les femmes occupent essentiellement les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’action sociale, et des services aux particuliers. En votre qualité de directrice du C.I.O. (Centre d’Information et d’Orientation) de TARTENSON, faites – vous le même constat à la Martinique ? Pensez – vous qu’il s’agisse à la base d’un problème d’orientation professionnelle ?
G. A. : Malheureusement, le constat est effectivement le même à la Martinique. Ce qui est grave, c’est que les choses ne vont pas en s’améliorant… Les filles et les garçons font des choix d’orientation scolaire et de formation très sexués. Il existe plusieurs causes à ce phénomène : l’éducation à l’école, dans la famille qui transmet des modèles très stéréotypés. Mais aussi les médias. Nous sommes dans une culture de séparation des rôles féminins et masculins, ce qui a pour conséquence des métiers pour les femmes et des métiers d’hommes.
Nous sommes face à un véritable paradoxe quand nous constatons que les filles sont bonnes au cours de leur scolarité, elles sont d’ailleurs très nombreuses en seconde général, elles sont plus nombreuses à réussir au baccalauréat et au moment de l’insertion professionnelle elles sont en grande difficulté.
Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?
Prenons l’exemple de la 1ère S, où les filles sont très nombreuses dans notre département. En terminal, elles ont plus nombreuses à choisir l’option « Sciences et Vie » plutôt que l’option « Maths / Physique ». Et même avec un bac S elles vous disent « je ne suis pas une scientifique… »
Oui, incontestablement, les secteurs d’activités sont très sexués : les filles se retrouvent pour la plupart dans les métiers de la petite enfance, les carrières de soins à la personne, de secrétariat, en fait, tout ce qui est en rapport avec les services. Dans l’enseignement elles sont aussi les plus nombreuses. Dans la formation des maîtres il y a à peine 10% de d’hommes.
Conséquence de ces choix : une grande difficulté d’insertion féminine, les chiffres parlent d’eux même – sur 100 chômeurs à la Martinique, 60 sont des femmes. Sur 30 secteurs d’activités, les femmes sont présentes seulement dans 6.
F. L : Justement, pourquoi les femmes n’accèdent – t’elles pas plus massivement aux postes de direction, ou à la sphère politique ?
G. A. : Simplement parce que les femmes font des choix de vie personnelle, de vie privée, elles se projètent dans l’avenir et construisent leur vie professionnelle à partir de leur projet de vie familiale. Elles se demandent si elles vont se marier, si elles auront des enfants, etc.… Car depuis petites ce sont ces rôles qui leur colle à la peau ! Alors que les étudiants hommes n’ont pas ces préoccupations, aussi, feront – t’ ils plus facilement des études longues si cela est nécessaire pour leur projet. En plus, à diplôme égal pour un poste de responsabilité un patron est plus enclin à recruter un homme car ce dernier ne s’arrêtera pas pour des congés de maternité. Le résultat est que, dans notre pays, sur 100 cadres nous avons à peine 10 femmes. Pour ce qui est de la politique, je ne sais pas si les hommes des partis politiques sont prêts à faire une place aux femmes - dans un objectif - de parité dans les préparations des échéances électorales.