Fière, comme ces femmes de la plaine, sous le vent contemple, la mer qui s’étend.
Capresses, négresses, et mulâtresses, parées de leurs ombrelles et autres têtes marrées...
Arpentent graciles et légères tes colonnes pavées...
Du ventre où naquit l’histoire de notre île, jaillirent tes œuvres teintées de roche,
Mai de péril, d’ambre, de sols fertiles, de tes plaies un jour tu renaîtras...
Paré de son écrin, à toi, JAHDE, femme rebelle j’offre SAINT – PIERRE.
Dans un petit quartier de Saint – Pierre, nous sommes allés à la rencontre de JAHDE, styliste.
Dans l’instant, nous sommes envoûtés par son tempérament de braise. Telle une main de fer dans un gant de velours, JAHDE est :
En exclusivité, l’équipe de CRAZY NINA a eu le privilège de découvrir les nouvelles créations de l’artiste, support de son prochain défilé
JAHDE, peux tu te présenter brièvement ?
Je suis née en Afrique d’une double culture. Ma mère étant métis Allemande, mon père Afro indénosien. J’ai grandi en métropole, et j’ai très tôt travaillé dans le monde de la haute couture à Paris, aux cotés des plus grands.
Te considères – tu comme une artiste ?
Oui, parce que chaque modèle que je réalise est unique. C’est cela ma motivation : CRÉER. Prendre un tissu, et imaginer, façonner le vêtement qui sera porté par la cliente.
JAHDE, ton atelier se trouve à SAINT–PIERRE, pourquoi avoir choisit cette ville si hautement symbolique ?
En réalité, c’est SAINT–PIERRE qui m’a choisi ; j’apprécie ce lieu retiré, isolé, intimiste… En un mot, j’y suis tranquille.
JAHDE, en découvrant tes modèles, j’ai été frappée par le mélange de matière, la toile de jute côtoie le lin, le coton, le voilage etc. … Tout ceci donne un coté très « ETHNIQUE ». Quelles sont tes inspirations, d’où tires tu cette créativité ?
Comme je l’ai déjà dit, je suis avant tout une artiste, j’ai d’ailleurs commencé par la peinture et le dessin, ce qui me permet de réaliser des esquisses de mes modèles.
Mes inspirations sont multiples, je suis, de par mes origines multi – culturelles, et par ma sensibilité artistique, un creuset où se brassent des essences de culture européenne, antillaise (créole), et africaine.
Justement, le métier de styliste rime souvent avec « créativité », « liberté », et même « excentricité », peux tu nous donner ta définition de ta condition d’artiste ?
Je suis tout à fait en phase avec cette définition. Je suis excentrique, je le revendique, j’aime provoquer l’émotion, mais toujours en restant correct envers moi- même et envers mes semblables.
Si tu devais, en un mot, nous livrer ton « petit plus », « ta touche personnelle » qui fait ta différence par rapport aux autres stylistes de la place, que serait – t’il ?
Je dirais le mot – FINITIONS. Il s’agit de l’importance que j’accorde au travail bien fait. Pour moi, un vêtement devrait pouvoir se porter aussi bien à l’envers qu’à l’endroit. Je suis donc particulièrement rigoureuse sur les finitions...
On a coutume de dire que le métier de styliste est difficile. Un artiste peut – il vivre de son art à la Martinique ?
Il est vrai que ce métier n’est pas rémunérateur, il est aussi vrai que l’exiguïté de l’île atrophie considérablement le marché, néanmoins, je pense qu’au-delà de ces éléments conjoncturels, le problème fondamental, c’est le manque de structures d’aides pour les artistes. Je veux parler d’aides financières, mais aussi techniques, en matière de gestion, ou sur le plan commercial, le tout sous la forme d’accompagnement personnalisé et de conseils...
Personnellement, j’ai eu la chance de bénéficier, il y a quelques années du dispositif régional mis en place pour les femmes en création d’entreprises... A ce titre, je tiens à remercier le Président Alfred MARIE – JEANNE.
Pour finir, peux – tu nous parler de tes projets d’avenir ?
Oui, j’ai des projets de défilés et d’expositions, mais, pour l’heure « Bouche cousue ».
Par contre, j’ai un message à faire passer aux compatriotes de la profession, et aux jeunes qui désirent se lancer dans le stylisme aux Antilles :
« Nous avons tous besoin de travailler, nous avons tous besoin de manger … Chacun a son métier, son style, et ses compétences … Nous n’avons pas encore appris à travailler ensemble dans ce pays, alors que chacun a sa place, car chacun a son talent »